L'Halloween : un prétexte pour parler d'appropriation culturelle

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L’Halloween est à nos portes. Petits et grands enfilent leurs déguisements et avalent sucreries bon marché ou potions savantes, déguisés en fantômes, pirates, zombies, vampires, ou, comble de l’horreur, candidats aux élections américaines. Or, cette année encore, maints rappels se font entendre pour aider les fêtards à éviter des faux pas dans le choix de leurs costumes.

Plus particulièrement, de nombreuses voix insistent sur l’importance d’éviter des déguisements qui reprennent des clichées ou se rapprochent de l’appropriation culturelle.  

L’appropriation culturelle peut s’exprimer par l’emprunt de vêtements, de symboles ou de pratiques appartenant à un peuple minoritaire qui perpétuent l'oppression causée par le colonialisme. 

Par ailleurs, ces festivités automnales ne sont malheureusement pas la seule occasion où certains ont de la difficulté à distinguer entre « rendre hommage » et « insulter». 

Pour y voir plus clair, nous avons préparé une courte liste pêle-mêle de controverses liées à l’appropriation culturelle.

Source image: Ohio University

1. Une culture, pas un costume

En prévision de l’Halloween, des universités de partout aux États-Unis prennent part à la campagne d’affichage “We’re A Culture, Not A Costume”.  

Créée à l’Université de l’Ohio en 2011, la campagne se veut une mise en garde contre les stéréotypes véhiculés par certains déguisements. Il suffit de penser aux ensembles de mariachis mexicains, de geishas japonaises et de guerriers autochtones que l’on retrouve dans les grandes surfaces. 


Il existe même des “kits” de “terroristes” pour les enfants, avec une ceinture d’explosif en prime. Quand on veut briller par sa sensibilité et son intelligence… 

Sur les affiches de la campagne annuelle, des phrases chocs sont attribuées à des personnes “stéréotypées”: “Ce n’est pas ce que je suis et ce n’est pas acceptable”, dit un homme montrant l’image d’un couple accoutré de plumes, brandissant un signe en anglais approximatif.

 

Source image: CBC

2. Spirit Halloween peu inspiré

Des militants de la Saskatchewan ont pris le taureau par les cornes pour combattre les stéréotypes propagés par Spirit Halloween.

Le marchand vend des costumes signés “Reservation Royalty”, “Native American Princess” et “Wolf Dancer” destinés aux femmes et aux fillettes.

À Regina et ses environs, des membres de la Coalition contre le racisme ont apposé des autocollants sur les emballages exhortant les clients d’éviter ces costumes qui sexualisent les femmes autochtones.  

Les autocollants affichent aussi un message qui informe les consommateurs qu’une enquête est en cours au Canada au sujet de 4000 femmes autochtones tuées ou disparues. 

La coalition a reçu l’appui de nombreux consommateurs mais n’a pas convaincu Spirit Halloween de retirer ses produits. Au contraire, l’entreprise s’est empressée de faire disparaître les autocollants. 

La maison-mère américaine de Spirit Halloween a fait savoir qu’elle “respecte” l’opinion des militants mais que ses costumes resteront en vente. 

“Nous sommes fiers de notre gamme de produits pour hommes, femmes et enfants”, a indiqué une porte-parole à la CBC.

 

Source et Crédit photo : La Presse canadienne

3. Une rentrée scolaire qui apprendra de ses erreurs

Lorsqu’il s’agit d’appropriation culturelle, les entreprises ne sont pas les seules à être pointées du doigt. 

Il y a quelques semaines, une Montréalaise s’est indignée de voir des enseignants d’une école primaire porter une coiffe autochtone grossièrement bricolée pour présenter les coutumes des Premières nations du Québec. 

Les écoliers étaient eux aussi invités à arborer l’artifice. 

Dans sa page Facebook, la mère de famille a vivement condamné ce qu’elle a décrit comme un déguisement désolant, offensant et irrespectueux à l’endroit des Premières Nations. 

Dans plusieurs communautés autochtones, la coiffe a une valeur culturelle considérable. C’est un symbole de mérite qui ne peut être porté par n’importe qui, n’importe quand.  

L’Assemblée des Premières nations du Québec et du Labrador est intervenue pour déplorer la manière « caricaturale » choisie par l’école d’Outremont de présenter les Autochtones. 

L’APNQL a appelé les pédagogues à revoir leurs façons d’éclairer les écoliers sur la réalité autochtone, ses protocoles et ses pratiques. 

La commission scolaire a présenté ses excuses. 

 4. Gin Ungava a un mal de tête

Le fabricant du gin Ungava doit regretter de ne pas avoir ouvert un dialogue avec les Inuits avant de se lancer à la conquête du monde.

L’entreprise s’est fait critiquer sans ménagement pour avoir costumé des mannequins en imitation d’habits traditionnels inuit, avec décolleté plongeant à l’appui, question de courtiser un marché européen friand d’exotisme.

Dans les médias sociaux, les Inuit du Nunavik ont accusé l’entreprise d’exploiter à des fins commerciales, et tout cela sans offrir aucune compensation, les symboles, la langue et l’imagerie des Autochtones du Grand Nord.

L’image de la marque en a pris un coup.

Devant l’opprobre, le distillateur détenu dorénavant par des intérêts ontariens a reconnu ses torts et a promis de s’amender auprès des Inuit.

On attend toujours la suite.

Crédit photo : La Presse Canadienne/Ryan Remiorz

 5. Yum Yum ne fait pas sourire

Pour sa campagne de publicité des Fêtes en 2013, le fabricant de croustilles Krispy Kernels a sorti des boules à mites la mascotte de sa marque Yum Yum, un enfant au cheveux longs portant un bandeau décoré d’une plume.

 

Le « petit Indien » sur les sacs de chips était disparu des étalages en 1990, dans la foulée de la crise d’Oka, au plus fort des tensions entre les communautés mohawks et le gouvernement québécois.

Si certains consommateurs ont embrassé le retour du logo, d’autres ont décrié le « stéréotype raciste et caricatural» du personnage.

La compagnie québécoise s’est défendue de manquer de respect envers les Autochtones et a invoqué la valeur historique de l’image du « petit indien ». L’entreprise a décrit sa campagne publicitaire comme étant un « clin d’œil » nostalgique sur l’origine de la marque lancée en 1959.

Mais ne cherchez pas cet emballage dans les allées de votre épicerie ; il a heureusement depuis quitté ses tablettes.

6. Eska: ça devait être drôle?

La société ontarienne Eaux Vives Water a avalé une gorgée de travers en 2011 lorsque des représentants algonquins ont fustigé la campagne de marketing de sa marque d’eau minérale Eska.

Pour illustrer le message «Eska: la pureté bien protégée», la publicité montrait trois hommes accoutrés en guerriers de l’âge de pierre, protégeant une bouteille d’eau minérale placée sur un tambour djembe.

La Conseil Tribal de la Nation Algonquine Anishinabeg qui occupe le territoire sur lequel l’eau est puisée au Québec, a qualifié la publicité de «caricature raciste et dégradante des peuples autochtones».

L’entreprise a saisi le message et a retiré l'ensemble de ses publicités télévisées et imprimées. Elle s’est engagée à rencontrer des représentants autochtones locaux pour mieux préparer ses prochaines campagnes de visibilité. 

Crédit photo : Montage Radio-Canada

7. KTZ peut aller se rhabiller

Appropriation culturelle ou plagiat? Les deux. La marque de vêtement britannique Kokon To Zai a dû en découdre avec les critiques provenant du Nunavut

À l’automne 2015, l’entreprise a mis en marché des vêtements ornés de motifs traditionnels inuit dont un chandail qui apparaît comme une reproduction quasi identique d’un parka inuit sacré, conçu par un shaman. Le prix de la « création » sur son site internet : 925$.

L’arrière-petite-fille du shaman à l’origine du vêtement, Salome Awa, du Nunavut, reproche à KTZ de s’être approprié la création de son aïeul sans obtenir la permission de la famille.

Tandis que la compagnie a d’abord refusé de répondre aux questions de Mme Awa, elle s’est finalement excusée et a retiré le chandail du marché. Mme Awa n’aurait cependant pas abandonné l’idée d’entreprendre des recours légaux.

Les motifs, les symboles et autres traits culturels autochtones ont la cote dans l’industrie de la mode, selon la designer Melodie Haana-SikSik Lavallée.

La créatrice inuk souhaite que les designers se donnent la peine de consulter les communautés pour obtenir leur aval avant de reproduire un vêtement ou des motifs traditionnels d’origine autochtone.

Source image : jezebel.com

8. Navajo Nation v. Urban Outfitters

Faute d’entente et de dialogue entre les communautés et les entreprises, les différends prennent souvent le chemin du tribunal.

Aux Etats-Unis, la nation navajo poursuit en justice Urban Outfitters pour l’utilisation sans son autorisation du mot « Navajo » employé sur plusieurs produits de la marque, vêtements, sous-vêtements et accessoires.

La plus populeuse nation autochtone aux USA a entamé une série de poursuites contre le détaillant, notamment pour violation d’une marque déposée, concurrence illégale et publicité mensongère. Elle réclame des millions de dollars en compensation.

Urban Outfitters a obtenu une victoire partielle récemment quand un tribunal du Nouveau-Mexique a rejeté la requête pour violation de la marque déposée inscrite par la nation. Le juge a statué que le terme « navajo » peut être employé à titre générique, que ce soit pour des accessoires de mode ou de design.

Le bras de fer juridique se poursuit entre les deux parties.

 

Photo : Getty Images

9. Le "I-word" du baseball

Les amateurs de baseball de Toronto ont eu le cœur brisé lorsque les Blue Jays ont baissé pavillon devant les Indians de Cleveland pour une place dans le championnat.

Mais la série a encore une fois démontré qu’il y a un éléphant dans la pièce : le nom de l’équipe de Cleveland.

L’annonceur de Toronto n’utilise plus le « I-word » depuis des années parce qu’il pense, comme bien d’autres, que le nom « Indians » est chargé de préjugés racistes à l’endroit des Autochtones.

Durant la série, un tribunal torontois a rejeté une requête déposée par un activiste autochtone qui souhaitait interdire à l’équipe de Cleveland d’utiliser son nom et son logo (Cheif Wahoo) lorsqu’elle joue dans la Ville-Reine.

 

Crédit photo : Fansided.com

10. Le "R-word" du football américain

Comme le baseball majeur avec ses Braves d’Atlanta et ses Indians de Cleveland, la Ligue nationale de football est dans le collimateur avec ses Redskins de Washington.

 

Un mouvement national et des groupes autochtones ont entrepris une cabale pour forcer l’équipe de la capitale américaine à changer de nom.

Même le président Barack Obama s’est mêlé du dossier en demandant au propriétaire de la franchise de trouver une nouvelle appellation plus « rassembleuse ».

Mais le propriétaire Daniel M. Snyder refuse de céder et s’appuie sur un sondage favorable.

Néanmoins, la pression s’accentue d’année en année.  

 

11. Football canadien: ITK a son mot à dire

Au pays, la Ligue canadienne de Football n’échappe pas à la critique.

Le président de l’Inuit Tapiriit Kanatami, Natan Obed, s’est donné pour mission de convaincre la direction des Eskimos d’Edmonton d’abandonner le nom de l’équipe sur les lignes de côté.

Le jeune leader de l’organisation nationale inuit a rencontré des représentants de la franchise pour leur expliquer que le mot « Esquimau » est un reliquat colonial, un terme péjoratif et une appropriation de l’identité d’un peuple autochtone pour le divertissement des non-autochtones.

La direction de l’équipe a tendu l’oreille aux doléances mais n’a pris aucun engagement, jusqu’ici, en faveur d’un changement de nom.

Là aussi, la pression s’accentue d’année en année.

 

Source image : Indian Country

12. Un logo respectueux: c'est possible

Un artiste ojibway, Mike Ivall, a fait la démonstration que les équipes de sport peuvent redéfinir leur identité dans le respect des Premières nations et cela, sans perdre leur panache.

Le logo « revu, amélioré et culturellement approprié » créé par Ivall pour les Blackhawks de Chicago a connu un succès bœuf dans les médias sociaux lorsqu’il a été mis en ligne l’an dernier.

L’artiste a conservé les couleurs du logo de l’équipe de la Ligue nationale de hockey mais a remplacé le profil du guerrier par celui d’un faucon stylisé.

Malheureusement, les Blackhawks n’ont pas saisi la rondelle à temps et Mike Ivall a vendu sa création à une équipe d’une ligue mineure d’Ottawa.

Le mot de la fin

Tous ces cas de figure révèlent l’importance pour les entreprises et les institutions qui souhaitent s’inspirer de la culture autochtone d’établir un dialogue avec les communautés.

Les ententes sont infiniment préférables aux dénonciations dans les médias sociaux, les appels au boycott et les batailles juridiques que l’absence de discussions peut entraîner.

Quant à ceux et celles qui s’apprêtent à crier « trick or treat » …évitez de vous jouer un mauvais tour en choisissant un déguisement qui fera grincer des dents.

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Ce message a 1 réponse

I wonder when someone is going to complain about the Ottawa "Red Blacks" CFL team - talk about offending two groups with one name - lol. (Steve Grasser, 31 Octobre 2016)

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